PATCH NOTE 0.0.0 — NERF DES ADULTES
- Adèle Bonnet

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

La neige n’était pas censée être là.
Pas comme ça.
Elle tombait épaisse, lourde, presque agressive, comme si le ciel avait décidé de régler un contentieux personnel avec le parking. Chaque flocon semblait dire : « Vous aviez des projets raisonnables ? Dommage. »
Ils regardaient tous dehors, alignés derrière la baie vitrée, cafés tièdes à la main, silence étrange.
— Bon, dit Max en croisant les bras, objectivement, on est trop vieux pour ça.
— Objectivement, répondit Zoé sans cligner des yeux, la neige est une provocation.
Tom avait déjà ce sourire. Celui qu’on ne voit que juste avant une très mauvaise idée.
— J’dis ça, j’dis rien, mais dans l’Nord, quand ça tombe comme ça… on respecte la tradition.
— Personne ne lance rien, prévint Léo en attrapant son manteau.
— J’ai rien lancé, répondit Tom au moment exact où une boule quittait sa main.
Elle frôla Zoé.
Silence.
Le monde s’arrêta.
Zoé se pencha lentement, ramassa de la neige, la compacta avec une concentration quasi religieuse.
— Tom.
— Ouais ?
— Cours.
Il ne courut pas.
Il lança une deuxième boule.
La guerre éclata.
Max fut touché en premier. En pleine oreille. Sans raison valable.
— MAIS POURQUOI MOI, cria-t-il en ripostant avec une pelletée informe, non homologuée, totalement illégale.
Zoé grimpa sur un banc.
— J’AI LA HAUTEUR ET LA COLÈRE, bande d’inconscients.
Luna observait à distance, silencieuse. Elle façonnait ses projectiles lentement, lissant chaque boule comme si elle préparait une exposition éphémère.
— Vous êtes d’une violence terriblement peu esthétique, murmura-t-elle avant d’envoyer une boule parfaite dans le col de Max.
— POURQUOI TOUJOURS LE COU, hurla-t-il, trahi par l’univers.
Tom, déjà planqué derrière une voiture, passait à l’étape suivante.
— Ok, annonça-t-il, on joue sale.
Il compacta la neige avec une application inquiétante.
— Tom, demanda Léo calmement, t’as mis quoi dedans ?
— Toujours de la neige.
— Tom.
— Elle a juste… évolué.
La boule frappa Zoé dans le dos.
— T’ES MALADE, cria-t-elle en ripostant avec une violence nouvelle.
Ils étaient trempés. Essoufflés. Ridicules.Et parfaitement heureux.
Jusqu’à la voix.
— … Mais vous faites quoi ?
Arrêt immédiat.
Les adultes se figèrent comme des PNJ pris en flagrant délit de bug.
Devant eux se tenaient les enfants.
Léonie, bras croisés, regard qui jugeait leur arbre généalogique. Mathis, déjà en train d’analyser le terrain comme une carte tactique. Noémie, sourire angélique, danger absolu. Jensen, calme, silencieux, regard précis. Alwen, déjà en train de sauter dans la neige sans raison. Elio, accroupi, testant la texture comme s’il préparait une expérience. Sasha, un peu en retrait, observant. Mémorisant.
— Sérieusement ? demanda Léonie.
— On… commença Max.
— Non, coupa-t-elle. Vous êtes nuls.
Tom ouvrit la bouche.La referma.
— En plus, ajouta Mathis, vous avez aucune stratégie.
— Vous criez trop, dit Jensen.
— Et vous visez mal, conclut Noémie.
Luna inclina la tête, sincèrement intéressée.
— Et comment feriez-vous mieux ?
Ils échangèrent un regard.
Un sourire collectif.
— On joue, déclara Léonie.
— Mais correctement, ajouta Mathis.
— Et avec des règles, précisa Sasha.
— Pas celles que vous aimez, termina Noémie.
Ils se mirent en mouvement.
En moins de temps qu’il n’en fallait à Tom pour tricher, un fort apparut. Solide. Structuré. Munitions triées par taille. Postes d’attaque. Angles morts.
— COMMENT ILS ONT FAIT ÇA, cria Tom.
— Ils ont survécu à la cour de récré, répondit Zoé. Respecte-les.
La seconde bataille commença.
Et ce ne fut plus une bataille. Ce fut une leçon.
Alwen surgissait de nulle part, lançait une boule, riait et disparaissait. Noémie frappait toujours trop bas, toujours au mauvais moment.
— LES JAMBES C’EST DÉLO-
— C’est efficace, répondit-elle.
Mathis coordonnait les attaques, ajustant les trajectoires. Jensen validait chaque tir avec un calme glaçant. Elio inventait des concepts incompréhensibles.
— On fait une diversion esthétique, annonça-t-il.— Je sais pas ce que ça veut dire, murmura Max.
— Ça marche quand même, répondit Zoé en se prenant une boule dans le dos.
Sasha attendait. Toujours.
Puis frappait. Au moment exact où quelqu’un pensait être en sécurité.
Les adultes tombaient un à un.
Léo tenta une contre-offensive.
— On se regroupe.
— Trop tard, répondit Léonie.
Tom glissa, tomba, tenta de se relever, reçut une boule en plein torse.
— J’abandonne.
— Trop tard, répondit Noémie.
Ils furent encerclés. Ensevelis. Humiliés.
Silence.
— Victoire totale, déclara Léonie.
— On a carry, ajouta Mathis.
Max soupira.
— Ils viennent de dire carry.
— On a perdu le contrôle, murmura Zoé.
Tom se redressa lentement, lança une micro-boule ridicule.
Elle toucha Léonie.
Elle sourit.
— Respawn.
La neige vola à nouveau.
Loot. Love. Lag. Et zéro dignité.
Adèle Bonnet
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